Etude présentée par notre Père Abbé, Luc Haulotte, devant le Conseil Noble du Brabant wallon et de Bruxelles capitale, afin d'obtenir notre admission en son sein.

 I. LES ARMOIRIES DE L'ABBAYE.

 

L'abbaye de Villers-la-ville fondée en 1146, se rattache à l'ordre des Cisterciens et plus particulièrement à la filiation de Clairvaux.

Dans le blason d'azur apparaît un faucon, la tête encapuchonnée, tenant dans ses serres un rameau d'olivier (symbole de sagesse, de paix, d'abondance, de gloire et d'espérance).

Sous ce blason on trouve la devise de l'abbaye "POST TENEBRAS SPERO LUCEM", "Après les ténèbres j'espère la lumière".

le faucon espère donc voir un jour la lumière, la paix, l'abondance et la gloire.

Plus tard on dira que le faucon est devenu un phénix, l'oiseau qui renaît de ses cendres.

L'Ecu ou écusson n'était primitivement autre chose que le bouclier, destiné à garantir le guerrier des coups de l'ennemi.

Il servit plus tard à représenter par la peinture et la sculpture, les belles actions dont pouvait s'honorer son possesseur.

C'est ainsi que le bouclier devint une page d'histoire, pour ainsi dire un brevet d'honneur que le titulaire portait toujours sur lui.

Puis, lorsque le champ de l'Ecu ne suffit plus pour enregistrer les hauts faits d'un brave, il fallut avoir recours aux emblèmes, langage dont chaque terme est un récit.

L'Ecu d'armoiries est donc le champ qui représente le bouclier, la cotte d'arme, ou la bannière, sur lesquels étaient brodées ou peintes les figures allégoriques.

Les lois d'armes ne prescrivent aucune forme de l'Ecu en général.

Mais l'usage leur a donné chez différents peuples des formes diverses et

c'est ainsi que les moines de Villers détenaient l'Ecu Italien.

Cet Ecu, de forme ovale, était de bleu céleste et cette couleur bleue se désigne en gravure par des traits horizontaux, menés de l'un à l'autre côté de l'Ecu.

 

Le Phénix représente une figure chimérique, soit un être fantastique créé par l'imagination, et qui n'existe pas dans la nature.

Il est dû aux croisades, où l'on aimait à tout considérer sous l'aspect du Merveilleux.

Le Phénix est un oiseau fabuleux.

Il y prend toute sa place dans l'écu, représenté de profil, les ailes étendues,...

Cet écu est donc surmonté au centre d'une mitre entourée de deux crosses; l'abbé de Villers disposait donc non seulement de la Crosse abbatiale, mais obtint, à partir du XVIème siècle, la permission de porter aussi la mitre et la crosse épiscopale. Il était donc élevé au rang d'Evêque.

 

(Rgts Science des armoiries par E. Simon, de broncourt - Paris Bloud et Banal - Librairies - Editeurs - 1885)

 

LA REGLE DE ST BENOIT.

 

Quelques hommes contestataires quittent soudain ce qui leur est cher et rompent avec le monde pour servir Dieu en communauté.

D'un commun accord, ils décident alors de se soumettre à des conventions d'horaire, de fonctionnement et d'organisation : ils adoptent une "règle".

C'est que l'utopie de ces contestataires n'est pas anarchique.

Bien au contraire. La règle se veut construite sur l'Ordre mais l'Ordre de Dieu.

La règle à laquelle désormais ils avaient décidé de se soumettre, leur indique l'accès et la pratique.

Rédigée à partir de 534 par un homme d'une famille aisée originaire de la région de Nurcie, destinée à la Communauté de Mont-Cassin, la règle eut en Europe surtout, et jusqu'aujourd'hui, une influence prodigieuse.

Pendant des siècles, elle a gouverné presque tout le monachisme occidental, elle a civilisé le vieux monde et fut répandue à profusion.

Elle repose sur quatre voeux : la pauvreté, l'obéissance, la chasteté et la conversion des moeurs.

En somme la règle de St Benoît est un recueil de Conseils de spiritualité et un règlement d'organisation interne, précisant ce qu'il faut faire et ne pas faire, dans septante trois chapitres.

L'observance Cistercienne, comme à l'abbaye de Villers-la-ville, n'est rien d'autre qu'une interprétation rigoriste de la règle de St Benoît, comme l'estiment ses instaurateurs Robert de Molesme, Etienne Harding et Saint Bernard de Clairvaux.

 

Le moine cistercien est un pénitent. Les monastères ne doivent être

construits dans les cités, les châteaux et les villes mais bien dans les lieux déserts à l'écart de la fréquentation des hommes.

La volonté de pauvreté est extrême : le moine n'a rien en propre.

Le travail manuel aboutit à imposer au corps, par la fatigue, un régime de dureté qui rend possible de mieux le dominer.

Le silence est une exigence.

 

LA FONDATION.

 

Dix-huit religieux; l'abbé Laurent, douze moines et cinq frères convers, partis de CLAIRVAUX en l'octave de Pâques 1146, c'est-à-dire le 7 avril de cette année, arrivèrent en Brabant wallon, où ils furent hébergés chez un habitant de Gémioncourt (Baisy-Thy) qui, frappé par la piété de ses hôtes, se donna à eux avec sa femme.

Se transportant à quelques cinq kilomètres au Nord-Est de Gémioncourt, les moines s'installèrent près de la fontaine du RI GODDIARCH, où ils acquirent "huit bonniers de terre arable avec d'autres terres incultes et montreuse de peu de valeur", car, dit la Chronique," de ce temps, toute la région environnante, presque jusqu'à Nivelles, était sauvage et boisée".

Après un certain temps, les moines souffrirent d'une telle pauvreté qu'ils songèrent à regagner Clairvaux.

A la fin de janvier 1147, Saint Bernard, de passage les réconforta, les persuada de rester et les exhorta à descendre plus bas dans la vallée pour y trouver plus d'eau.

Ce second déplacement se situe à quelque sept cent cinquante mètres au Nord-Est du premier, sur les rives de la Thyle, toujours sur la même donation, émanant de membres de la famille des seigneurs de MARBAIS.

La donation primitive comprend "une partie de l'alleu de Villers que le seigneur Gauthier de Marbais, avec l'approbation de sa femme, confirmant une donation de sa mère Judith... a donnée en eaux, bois, champs, prés et pâturages dans les limites suivantes, à l'intérieur de sa seigneurie : depuis Terbersart (Tangissart) jusqu'au domaine de Villers et depuis ce sart (S-D-A) jusqu'à Chevelipont, sur chaque rive de la Thyle, ainsi qu'elle est divisée par le chemin de Mellery".

 

Cette donation englobe les deux sièges successifs de l'abbaye ; le premier, sur la colline, deviendra l'une des granges de l'abbaye, celle de la Boverie.

 

La Chronique de l'abbaye rapporte qu'en 1147, lors de la désignation de la vallée de la Thyle comme emplacement de l'abbaye, Bernard de Fontaine, devenu ultérieurement Saint Bernard, planta, dans la colline boisée de Robermont, son Bourdon, duquel sortit un chêne.

 

IV. LES VICISSITUDES DE NOMBRE.

 

Selon l'historien de l'abbaye, un auteur écrivant peu après 1333, il y aurait eu à Villers, entre 1270 et 1276, cent moines et trois cents convers.

 Vers 1317, le nombre de Moines et de convers avait fortement diminué ; en 1310-1315, on réduisit la place occupée par les convers dans l'église.

 La diminution du nombre de convers nécessite d'ailleurs la location des terres et bientôt celle des granges.

 La liste des religieux décédés à l'abbaye de Villers entre 1575 et 1796 totalise 370 religieux.

 Grâce à l'élection des différents abbés nous pouvons remarquer qu'en moyenne, la Communauté comptait de 45 à 60 moines.

Mais tous ne résidaient pas à Villers.

Parmi les religieux externes on remarquait surtout :

à LOUVAIN, le Président du Collège avec un moine prêtre et d'ordinaire quatre étudiants novices ;

à SCHOOTEN, le Proviseur avec deux moines ;

à MELLEMONT, trois religieux, Parmi lesquels le receveur ou le proviseur et le Curé du Malèves-Ste Marie-Wastines, et un convers.

Souvent un moine était "lecteur" de Théologie dans d'autres monastères, par exemple à ORVAL, à GRAND-PRE ou à BONEFFE.

Le plus grand nombre des moines externes desservaient les couvents des moniales et résidaient près de ces couvents à titre de directeur ou confesseur, souvent assisté par un second moine qu'on appelait le Chapelain.

L'abbaye de Villers compte 24 saints et bienheureux, si bien qu'elle fut appelée "Villers-la-Sainte".

Sainte-Julienne de MONT-CORNILLON, décédée à Fosses le 5 avril 1246, fut enterrée parmi les saints de Villers sous la fenêtre médiane du choeur le 7 avril 1246.

Une plaque commémorative fut placée en 1946 pour le 700ème anniversaire de sa mort et une grand-messe fut célébrée avec assistance pontificale de Son Eminence le Cardinal VAN ROEY.

 

V. FONDATION ET DIRECTION DE COMMUNAUTES RELIGIEUSES.

 

C'est probablement le nombre élevé de moines à Villers qui, au XIIIè siècle, permit la fondation de nouvelles communautés par des religieux issus de Villers : St BERNARD sur l'Escaut et GRANDPRE dans le Namurois.

 Cependant, dès les premiers siècles, l'abbaye se consacra davantage aux couvents de moniales.

Pour ne prendre qu'un exemple, citons l'abbé Guillaume de Bruxelles qui "en 1233, acquiert la paternité de Val-Duc ; il travaille à l'affiliation de Solière à l'ordre de Citeaux ; Salzinnes et la Ramée recourent à lui dans la gestion de leur temporel ; il obtient la nomination du desservant du grand béguinage de Louvain ; Honorius III le crée véritable abbé de Terbanck. L'abbé Guillaume fut aussi chargé de la visite de Gembloux."

(E. DE MOREAU, L'Abbaye de Villers-en-Brabant aux XIIe et XIIIe siècles, Bruxelles, 1909 pp59-60)

 

Par ailleurs, certains abbés de Villers s'occupèrent activement de la fondation et de l'organisation des béguinages.

 En 1272, l'abbé Arnulphe de GISTELES donna les statuts du grand béguinage de LOUVAIN.

Au milieu du XVIIe siècle, treize communautés de femmes relevaient encore de Villers.

Un exemple :

"VILLERS et HILDEGARDE VON BINGEN."

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, l'abbesse de Saint-Rupert,

Hildegarde, "remplissait le monde du bruit de ses révélations et de ses vertus"...

Un jour, Guibert de Gembloux, revenant de Bingen, frappa à la porte de Villers.

On le reçut solennellement au Chapitre.

Il y fit lecture d'une longue lettre, où Hildegarde lui parlait de ses visions.

L'enthousiasme fut indescriptible ; à plusieurs reprises, on demanda à Guibert de relire ces précieuses lignes.

Puis le moine de Gembloux narra ce qu'il avait vu et entendu, durant quatre jours passés à St RUPERT.

Comme il voulait s'éloigner, on le supplia d'attendre et, sur le champ, on rédigea trente-huit questions que l'ami de la sainte serait chargé de lui transmettre.

(E. DE MOREAU, l'abbaye de Villers-en Brabant aux XII et XIII siècles, Bruxelles, 1909, pp106-107).

 

VI. LA PROPRIETE FONCIERE.

 

Les deux premiers siècles de l'histoire de l'abbaye de Villers sont marqués par une progression continue dans la constitution du domaine.

 En terminant la description du domaine de Villers dans la seconde moitié du XIIIè siècle, à l'époque où fut réalisé dans le plyptyque (tableau à plusieurs volets) le recensement du patrimoine abbatial, le Père de MOREAU conclut : "il n'est pas possible d'évaluer en chiffre son étendue. Tout ce qui pourrait être exposé à ce sujet serait nettement fantaisiste."

Villers devait posséder environ 10.000 hectares.

Une courbe allant de Bruxelles à Anvers, d'Anvers à Hasselt, de Hasselt à Sittart, de Sittart à Huy, de Huy à Dinant, de Dinant à Nivelles le circonscrivait presque complètement.

Vers 1750, le Domaine de Villers possède encore plus de 6.000 hectares dont:

3.700 hectares de terre et prairies exploitées par une quarantaine de fermes;

650 hectares de terres et prairies louées à des particuliers;

1.000 hectares de bois;

700 hectares de bruyères et d'étangs.

 

VII. L'INFLUENCE SOCIALE.

 

"Il y a dans le Brabant, raconte un historien cistercien, Césare d'HEISTERBACH, une maison de notre ordre qui s'appelle Villers. On y a distribué et l'on ne cesse de distribuer, chaque jour, aux infirmes et aux pauvres de larges aumônes."

La Charité des moines envers les pauvres se manifeste par des gestes individuels ou à l'intérieur de plusieurs institutions de bienfaisance : l'hôpital des pauvres qui, à côté de deux infirmeries réservées aux moines et aux convers, était constitué en office spécial et administré par un convers, et la "porte" également constituée en office et possédant des revenus stables ; ceux-ci augmentèrent rapidement, entre autres grâce aux donations qui émanèrent de personnages nobles ou plus humbles.

Au XIIIe siècle, les deux fours de Villers fournissaient hebdomadairement à la Porte 2.100 pains pour les aumônes quotidiennes.

Un document du 1er décembre 1693 nous informe que l'on donne encore trois fois l'aumône par semaine à 500 à 600 pauvres, selon qu'il s'en présente oultre les passants et oultres qui arrivent ici journellement pour se rafraîchir.

Nos troupes et celles de France sont nourries tous les jours (en moyenne 40 personnes).

Tous les jours, loyers et rafraîchies de diverses forrestes personnes, même de personnes de qualité, et plusieurs religieux mendiants de divers ordres.

On nourrit et on loge tous les parents et amis de religieux et divers

messagers qui arrivent.

 

VIII. LES HOSTIEUX MOINES DE L'ABBAYE DE VILLERS-EN-BRABANT.

 

Pendant des siècles les hôtels-Dieu, les hospices, les hôpitaux, les hostelleries furent le monopole des communautés religieuses.

Il faut y joindre les pharmacies, les drogueries et les distilleries, sans oublier les léproseries ou maladeries.

Les abbayes accueillent aussi des soldats, vétérans, invalides, qui jouissent d'un bénéfice désigné sous le nom de "pain de l'oblat", ou "pain de l'abbé".

Ou encore, des vieux ménages qui, en échange de leurs biens, recevront, leur vie durant - c'est à l'origine de nos rentes viagères - de quoi subvenir à leurs besoins : par exemple, tous les jours, une miche conventuelle, deux pains "mitoyens", un gallon (4 litre) de cidre, de bière ou de la boisson de frères, un plat de viande trois fois par semaine, et les autres jours, six oeufs.

Pour se mettre à l'abri des contre-coups de l'existence, l'abbaye était le meilleur des refuges.

Un dictons médiéval disait : "Il fait bon vivre sous la crosse des abbés."

A l'abbaye de Villers, dès 1212, à l'emplacement du nouveau Palais abbatial construit sous le règne de l'Abbé Jacques HACHE en 1720, il existait déjà une hostellerie.

La nouvelle et élégante construction de la Renaissance comprenait plusieurs salles de réception et un réfectoire destinés aux hôtes illustres que Villers recevait en grand nombre.

En fait, selon Saint-BENOIT, il fallait savoir recevoir et loger les hôtes d'où l'utilité d'une hostellerie laquelle était desservie par le Père Hôtelier et les Hostieux (dérivant des Hôteliers) moines.

Ceux-ci servaient tous les produits de bouche fabriqués dans leurs propres exploitations et notamment le pain, la bière, le vin, le fromage, le vinaigre, les pâtisseries etc...

L'actuel "Hôtel des Ruines", un restaurant, appartient à la Région wallonne tandis que le coeur de l'Abbaye est sous la tutelle de l'Etat Fédéral.

Au XIIème siècle, un moulin à huile existait déjà en ce lieu. Il était la propriété du Seigneur de Mellery qui le céda aux moines. Selon toute vraisemblance, la communauté l'utilisa comme quartier provisoire au moment de leur arrivée. L'aspect de la construction fut considérablement modifié et altéré, lors de sa transformation en hôtel, par l'adjonction d'un second étage.

Ce bâtiment abritait un moulin à grain qui travaillait le blé pour la boulangerie et l'orge pour la brasserie plus un moulin à huile, et un moulin à scier le bois et la pierre.

En outre, on y trouvait la boulangerie. La vaste cheminée de deux mètres de profondeur sur trois de largeur, desservait donc deux fours, permettant la cuisson de 250 pains; elle est encore intacte, dans une salle aux superbes voûtes romanes actuellement dénommée "cave romane".

 Les moines avaient aussi un immense verger, qui est devenu une prairie, dans lequel on y trouvait des plantes médicinales différentes espèces d'arbres fruitiers et notamment des pommiers d'où ils tiraient du vinaigre. Comme les moines, depuis 1990, un groupe de villersois récolte jusqu'à 6.000 litres de vin chaque année.

Les moines possédaient encore aux endroits actuels des deux parcs de stationnement, un vivier et un potager.

Le vivier fut abandonné après la fermeture de l'abbaye en 1900, et

remblayé avec tous les débris retirés du monastère lors de sa restauration.

Entre les deux parcs, on remarque le reste de la digue de retenue.

Les cartulaires de l'abbaye mentionnent l'existence de nombreuses "pitances" , plat extraordinaire servi certains jours, grâce au produit d'aumônes spécifiques.

Ce plat ajouté est, dans la plupart des cas, du poisson.

Le potager était grand, ce qui n'est guère surprenant compte tenu de l'importance de la communauté et de la prépondérance des légumes dans l'alimentation des moines. Il est établit à l'ouest du cours naturel de la rivière "La Thyle" dont une partie des eaux est prélevée en amont, afin de former un bief pour le moulin.

 

IX. LA BRASSERIE.

 

Dans le site de l'Abbaye de Villers-La-Ville, si on se dirige vers le Nord, on trouve devant soi une longue suite de bâtiments en ruines, construits dans le style moderne.

La brasserie, qui seule mérite l'attention du visiteur, est beaucoup plus ancienne et remonte aux premiers temps de l'abbaye, est construite en style roman du XIIIème siècle.

Près de l'entrée à gauche, était l'habitation du maître brasseur.

D'après GRAMMAYE et SANDERUS, on vit arriver un jour à Villers des maçons inconnus, qui refusèrent de répondre aux questions qu'on leur adressa.

Travaillant avec une célérité incroyable, ils achevèrent ce bâtiment en six semaines ; puis, sans recevoir de salaire, ils disparurent sans qu'on sût où ils étaient allés.

Le Bâtiment est un édifice important parmi les dépendances de l'abbaye.

La façade de la brasserie donne sur la cour.

Elle est en forme de pignon aigu, comme le mur qui s'élève à l'extrémité septentrionale.

L'intérieur, encore voûté, forme un parallélogramme d'environ 40 mètres de longueur sur 12 mètres de largeur.

Il est partagé en deux nefs par un rang de cinq colonnes cylindriques, à chapiteaux évasés en corbeilles et sans ornements ; ces chapiteaux reçoivent les retombées d'une voûte d'arète à cintre légèrement surbaissé.

De petites fenêtres étroites et à plein cintre, séparées l'une de l'autre par de larges contreforts allants en retraite, sont ouvertes dans toute sa circonférence.

 L'entrée est occupée par une vaste cheminée d'aérage, semblable à celle de la cuisine, formée de six colonnes également cylindriques, qui portent des arcs en ogive lancéolée et une voûte, réservé à l'escalier du premier étage.

Aux quatre côtés de cet étage sont percées des fenêtres en plein cintre, dont l'arcature est fermée d'une dalle formant tympan.

Un deuxième escalier en tourelle est engagé dans le mur de l'Est.

L'étage devait servir de Germoir pour l'orge destiné à l'origine à la fabrication de la cervoise et ensuite, à celle de la bière.

 

X. LA FABRICATION DE LA BIERE.

 

Longtemps la fabrication de la bière fut l'apanage des couvents.

La première relation écrite relative à sa fabrication est l'oeuvre d'un père prieur de Saint-Gall, en Suisse.

Le Mot houblon apparaît pour la première fois dans une charte de l'abbaye de Saint-Denis en 768.

Ce sont les bénédictins qui ont introduit cette âme de bière en Lorraine.

Rien qu'en Belgique, les bières d'Orval, de Rochefort, de Westmalle, de Westvleteren et de Scourmont sont cisterciennes comme à Villers.

La cervoise n'est pas, à proprement parler, la bière, telle que nous la connaissons : c'était une décoction non clarifiée et assez épaisse de céréales fermentées, avoine, épeautre (le mot braces "épautre" a donné naissance aux mots "brais", "brassin", "brasserie"), lentilles, vesces même,...

Le fait qu'on ait pu utiliser le mot dans ce sens montre bien quel devait être l'aspect de la "bière" avant que les moines s'en soient occupé pour en faire une "cervoise violente" et houblonnée, de meilleur conservation.

Les moines fabriquèrent donc de la bière ou, plus exactement en confièrent la fabrication à des spécialistes qui faisaient torréfier les céréales dans des fours spéciaux appelés torra.

C'était là un gros travail pour, au mieux, remplacer le vin.

On distinguait "bière des pères", qui était forte, et destinée aux moines (à l'exclusion des convers), et la "bière des couvents", plus faible, qui était distribuée aux moniales (les brigittines buvaient de la "petite bière").

 

Par la force des choses, la bière se répandit surtout dans les pays où la vigne ne prospérait pas, devenait ainsi la boisson de base des moines dont la ration quotidienne était d'un litre environ. En 1686, un rapport signale une production de 33.000 litres.

C'est un flamand, né à Pamele, en Brabant, Saint Arnould ou Arnulphe, mort en 1087, abbé bénédictin d'Oudenberg, après avoir été Evêque de Soissons, qui devint le patron des brasseurs.

Il avait constaté que les francs buveurs de bière étaient moins atteints que les autres par les épidémies.

Il n'y avait là, en fait, rien d'extraordinaire : la bière étant faite avec de l'eau bouillie ; ce qui élimine les microbes, et, grâce à l'orge et au houblon, elle est bourrée de vitamines, de dextrines et d'un tas de sels minéraux, excellents pour la santé.

Comme on le constate sur un document d'époque, en copie, l'abbaye de Villers-La-Ville brassait toujours en 1767-1768 des bières différentes (escourgeon - Epeautre et houblon) de faible densité ou de forte densité pour le quartier d'hôte, pour les domestiques et ouvriers.


En 1955, la famille Vanassche de Liezele a entrepris la fabrication artisanale de trois bières d'abbaye, soit la "Triple Villers" une blonde, la "Double Villers" blonde et la "Vieille Villers" brune.

Actuellement, la brasserie HUYGHE à Melle, brasse encore deux bières, la "Triple Villers" qui est une blonde de 8° et la "Vieille Villers", une brune de 7° .

 

XI. LA RASADE MAGISTRALE.

 

Plus vivante que ces monuments et peintures est évidemment l'entrée du Comte Jean t'Serclaes de Tilly, Feld-maréchal, sous le règne de l'Empereur germanique Rodolphe II, en vainqueur à Rothenburg sur la Tauber, joyau du moyen âge, telle qu'elle est évoquée chaque année depuis 1881 lors de la "rasade magistrale" sur les lieux historiques mêmes.

Cela se passe durant le week-end de la Pentecôte, encore que l'événement ait eu lieu le 31 octobre 1631. Mais il s'agit d'une adaptation où se mêlent l'histoire et le folklore dont le déroulement prend plusieurs jours et culmine, faut-il le dire, par l'évocation du mémorable épisode du "MEISTERTRUNK" (coup de Maître en buvant).

Accompagné par ses troupes qui chantent avec enthousiasme, le Comte de Tilly, le vainqueur, s'introduit dans la mairie avec ses généraux pendant que ses soldats pillent la ville et emplissent d'angoisse les habitants de Rothenburg. La population demande grâce, mais en vain. Le Comte de Tilly met sur pied un conseil de guerre. Quatre membres du conseil municipal doivent être décapités. C'est le maire de l'époque, Monsieur Bézold, qui cherche son propre bourreau et celui de ses conseillers.

Mais cet éclat de rage fait réfléchir Tilly et l'amène à changer d'attitude. La ville de Rothenburg doit-elle être en flammes comme Magdeburg récemment?

Tout à coup, Anna, la fille du maître brasseur a une idée géniale.

Elle veut préparer un repas et souhaiter la bienvenue à Tilly et ses généraux en leur offrant de la bière.

Monsieur Reimer, le maître brasseur a l'intention de servir la meilleure bière de sa cave car il veut lui aussi être décapité en même temps que les hommes du conseil. Le caractère rusé de Reimer et ses arguments rendent

 Tilly plus clément envers ses ennemis. Il consent à boire la bière dans une magnifique coupe qui a été faite pour l'empereur Matthias.

Puis il donne une chance au conseil : "S'il y a quelqu'un parmi vous qui est assez courageux et assez fort pour vider la coupe d'un trait, alors je vous ferai grâce et j'oublierai votre dette".

Après une courte hésitation, l'ancien maire, Monsieur Georges Nusch se hasarde à boire la coupe qui contient 3,25 litres et avec ce "MEISTERTRUNK", il sauve sa vie et celle de ses collègues, et ainsi empêche la destruction de la ville.

Tilly tient parole, il fait grâce et invite le conseil à un festin de réconciliation dans son camp.

 Afin d'honorer cet illustre villersois et en prélude au jumelage entre la ville de Rothenburg en Bavière et Villers-La-Ville, une bière ambrée sera brassée par la famille Lefebvre de Quenast, dans leur brasserie fondée en 1876.

Les différentes variétés de fleurs de houblons sélectionnés donneront à la "T'SERCLAES" 6° , son amertume caractéristique.

La refermentation sur levure contribue à la plénitude de son goût que le dégustateur saura apprécier.

 

XII. L'ELEVAGE ET LE BATON DE SAINT BERNARD.

 

Si grand, et si décisif, à bien des égards, qu'ait été le rôle joué par les moines dans le développement de l'agriculture médiévale - production, productivité, exemplarité réunies - leur principale activité, en dehors de celles qui visaient à assurer leur subsistance immédiate, a été l'élevage du bétail.

Les moines, les cisterciens en tête, ont donc pratiqué l'élevage, sur une très grande échelle.

Pour la viande, là où la consommation en était permise ; pour le lait ; pour le fromage ; pour la laine et le cuir pour le fumier ; pour s'assurer une source de revenus.

Les troupeaux peuvent atteindre des dimensions considérables et notamment en porcs.

Le porcs qui peut aller à la glandée dans la forêt (droit de panage) et qui, la moisson faite, peut errer à sa guise dans les champs, est un animal de bon rapport.

Certaines abbayes possèdent de 5.000 à 8.000 porcs.

En 1324, les moines du Mont-St-Michel achètent, d'un seul coup, plus de 300 porcs.

Les moines de l'abbaye de Villers en possédaient également des centaines dans leurs fermes.

 

Un boucher à Villers-La-Ville produit un saucisson, que nous appelons "Le Bâton St Bernard."

Il s'agit d'un saucisson cuit, pur porc de Piétrain, légèrement fumé, avec des noisettes et de la bière de l'Abbaye de Villers.

 

XIII. L'HABIT FAIT LE MOINE.

 

Il n'est pas sûr qu'il y ait un chapitre sur les chapeaux dans Aristote; mais il est bien certain que, tôt ou tard, l'historien rencontre l'importante question du vêtement des religieux.

C'est là un des domaines les plus colorés et les plus complexes de l'histoire de la mode, encore que, de toute évidence, les religieux ont toujours manifesté leur volonté de ne pas céder aux humeurs changeantes du siècle, de rester très scrupuleusement attachés aux vêtements que leur avait imposé le fondateur, de répondre aux exigences d'une vie marquée par un idéal de pauvreté, de simplicité et d'austérité, aux impératifs d'un esprit de corps très poussé, marqué par l'uniforme et la régularité.

Mais comment vivre dans le siècle en rendant manifeste, sans extravagance, sa volonté d'en vivre sinon séparé, du moins en marge? Comment ne pas être de son temps sans paraître anachronique?

Les problèmes relatifs au vêtement, au linge, aux chaussures, aux gants, ont occupé pendant des siècles l'esprit des religieux, comme d'ailleurs celui des militaires.

C'est que le vêtement est toujours affecté d'un symbolisme très riche. Il est un signe et une preuve d'adhésion, de solidarité à la fois dans le temps et dans l'espace. Il atteste l'unité et par conséquent, la force du groupe dont on fait partie.

La laine ne sera pas teintée car teindre c'est mentir : "Nulla tincture, nec mendacio defucata".

Le chapitre général des cisterciens, de 1181, décide d'exclure les draps teintés et curieux-(tincti et curiosi), c'est-à-dire propre à susciter l'attention.

 C'est le cas aussi des humiliés et d'une façon générale, de tous ceux qui mettaient fortement l'accent sur l'idéal de pauvreté.

Par la force des choses, il en résulte de notables variations de couleurs

au sein d'un même ordre.

Dès lors se pose le problème : vaut-il mieux afficher sa pauvreté et son peu de souci de la chose vestimentaire, et risquer une certaine anarchie, ou assurer, non sans quelques dépenses, l'homogénéité du groupe?

Tous les ordres finirent par opter pour la seconde solution.

 Les moines de Villers portaient une longue robe blanche fermée par une ceinture en cuir noir.

Un scapulaire ou cuculle chez les Chartreux leur descendait jusqu'aux pieds et était de couleur noire.

Ils pouvaient pour combattre le froid et l'humidité, prendre une calotte noire et un capuchon noir qui se nouait sous le menton.

Les cisterciens, appelés "moines blancs" parce que leur vêtement était fait de laine naturelle étaient décrits groupés comme une troupe de goélands et brillant d'une blancheur de neige, symbole de pureté.

Signalons qu'en fait, au début du XIIème siècle, la cuculle des cisterciens passe du gris au noir, cependant que la tunique virait du marron au gris.

 Pour les exercices du choeur, les frères avaient la robe blanche, une coule à manches flottantes et un camail de même couleur. En fait, ce camail était une espèce de manteau terminé par un capuchon.

 Le costume des novices était entièrement blanc ; celui des convers de laine beige et par conséquent moins salissant.

 Voici le trousseau d'un moine du Xème siècle, tel que le décrit Hélyot : 2 chemises de serge (laine légère) 2 tuniques, 2 chapes, 2 cuculles (dites aussi scapulaires), 2 paires de caleçons (femoralia), 4 paires de souliers pour le jour, des pantoufles pour la nuit, 2 paires de chaussons, 1 roc (vêtement de laine), 2 pelisses tombant jusqu'aux talons, des gants en été, des moufles en hiver, des sandales de bois, des bandelettes ou ceinture pour lier, en voyage ou dans le monastère, les hauts de chausse ou caleçons, et les bas.

N'oublions pas le mouchoir, le peigne de bois, le couteau, l'aiguille et le fil, le stylet et la tablette pour écrire, qui complètent l'équipement des solitaires.

 

XIV. LE GOUVERNEMENT DES HOMMES.

 

La confrérie serait dirigée par :

 

Le Père ABBE qui représente l'autorité, la morale.

Le Père PRIEUR ou Prévôt

Il est l'adjoint du Père ABBE et son auxiliaire.

Il le remplace en cas de maladie ou d'absence.

Le Père CELLERIER

Il est l'économe, l'administrateur général.

C'est lui qui veille au ravitaillement de la confrérie.

Il a un adjoint qui s'occupe de l'intendance et qui n'est autre que le Père CHEVECIER.

Le Père CAMERIER :

Il a la fonction de Trésorier.

Son nom vient de la chambre (camera) où sont enfermés l'argent, les reliques, les archives, les titres de propriété, les contrats d'affaires.

Il gère les fonds et peut être aidé par un Sous-CAMERIER.

Les autres moines pourraient porter les titres de :

 

- Père PRECHANTRE (Musique-bibliothèque) avec son adjoint,

- Père SUCCENTOR

- Père CHANCELIER

- Père SACRISTAIN

- Père INFIRMIER

- Père HOTELIER est chargé d'accueillir les hôtes des cérémonies du chapitre solennel annuel et de veiller à la qualité des agapes.

- Père AUMONIER est chargé de rechercher les personnes ou les institutions qui auraient besoin d'une aide financière ou autre.

- Père MAITRE DES NOVICES Il a pour mission de préparer les futurs moines et donne une appréciation au Conseil Capitulaire avant l'admission de ceux-ci dans l'ordre des Moines et peut être aidé par le Père ZELATEUR.

 

XV. REQUETE.

 

Avec 40.000 visiteurs, annuellement, le site de l'ancienne abbaye cistercienne ne cesse d'être découvert par un public de plus en plus nombreux.

Il devient un lieu touristique incontournable en Brabant wallon et en Belgique.

Son succès est directement tributaire de sa mise en valeur qui passe non seulement par des animations mais aussi par sa consolidation.

C'est pourquoi, eu égard le fait de l'existence ancienne d'une brasserie, de fermes, de moulins, d'une boulangerie, la reconnaissance de notre confrérie "Les HOSTIEUX MOINES DE L'ABBAYE DE VILLERS" nous paraît essentielle aux fins de promouvoir l'animation de la commune, de favoriser l'accueil et le tourisme par le biais d'un produit gastronomique ancestral qui n'est autre que nos bières "La Triple VILLERS" (blonde), "La VIEILLE VILLERS" (brune) et "La T'SERCLAES" (ambrée).

Nous souhaiterions que notre saucisson, "le BATON St BERNARD" accompagne ces bières.

La confrérie se fixe donc pour but de préserver, défendre et rénover les coutumes et les traditions villersoises dans l'intention dominante de sauvegarder le patrimoine historique, institutionnel et culturel local.

Elle prendra à cet effet les initiatives et dispositions nécessaires pour protéger et diffuser les spécialités et plus spécialement de développer les Arts de la table.

 

 

BIBLIOGRAPHIE.

"Abbaye de Villers-La-Ville de l'ordre de Citeaux", Description des Ruines avec plans et dessins, Ch. LICOT & E. LEFEVRE, 2ème éd. 1883, Librairie Polytechnique - Bruxelles.

"Description des Ruines de l'Abbaye de Villers", Nouvelle éd., G. BOULMONT, 1907, Maison Victor DELVAUX - Namur.

"L'ordre de Citeaux en Belgique. Des origines (1132) au XXème Siècle", D. Joseph-Marie CANIVEZ, Forges Lez-Chimay, 1926.

"La vie quotidienne des Religieux au Moyen-Age", L. MOULIN, Hachette, 1989.